Pierre MARTIN

Pierre, ostréiculteur sur l'île-aux-Moines

Un portrait réalisé en septembre 2026 par Colette Irsapoullé pour ileauxmoines.com

Pierre , en 2026 devant son établissement ostréicole

Depuis trois générations, la famille de Pierre Martin travaille dans l’ostréiculture sur l’Île-aux -Moines. Aujourd’hui à la tête de l’exploitation familiale, Les Ets Martin, Pierre a choisi de rester sur l’île et de poursuivre le métier transmis par son grand-père puis par son père. Avec son épouse Nadège, il produit, vend et fait découvrir ses huîtres tout au long de l’année. Un métier qui demande du temps et de la patience, mais aussi une attention constante à la qualité de l’eau du Golfe.

Pierre Martin, dans les huîtres depuis trois générations

L’histoire familiale commence avec son grand-père, qui était producteur d’huîtres plates. À cette époque, l’île comptait 22 ostréiculteurs. La production d’huîtres plates a progressivement disparu au milieu des années 1970, principalement pour des raisons de maladies.

Le père de Pierre reprend ensuite l’exploitation.  Il diversifie la production d’huîtres avec des palourdes et des coques. Mais là encore, des maladies touchent les élevages et l’obligent à abandonner progressivement les palourdes, les coques et les huîtres plates, pour se consacrer uniquement à l’élevage d’huîtres creuses.

A la fin de ses études en 2003, Pierre Martin rejoint son père sur l’exploitation de l’Île-aux-Moines. Il se souvient de ses débuts, lorsqu’il allait vendre sa production au marché qui se trouvait en lieu et place du Pod Bronnek. La place du marché devant la mairie étant en travaux. « J’y allais avec une brouette remplie d’huîtres. Et quand je ne vendais pas tout, je devais retourner avec ma marchandise jusqu’au chantier, au Trec’h », raconte-t-il. Ce n’était pas de tout repos.

Quelques années plus tard, Pierre rachète les parts de la société à son père et reprend le chantier ostréicole. Il obtient son agrément sanitaire en 2007 et entreprend l’activité en 2008, à son compte.

Aujourd’hui, sur son exploitation, Pierre élève des huîtres de trois classes d’âge différentes afin de pouvoir proposer des huîtres toute l’année. « Je les dédouble tous les 18 mois afin de laisser la place aux autres », explique-t-il. « Une production nécessite 3 à 4 ans en élevage », précise-t-il.

Un choix de vie sur l’île

Pour Pierre, rester sur l’île aux Moines était une évidence. Il travaille aujourd’hui avec son épouse Nadège, elle-même îloise, ancienne prothésiste dentaire.

Le couple se partage les activités. Pierre s’occupe principalement de l’expédition de la production vers le continent, tandis que Nadège assure la vente et l’accueil des clients sur l’île. Ils disposent pour cela d’un espace de dégustation et de vente directe.

Ils sont parallèlement présents sur les marchés en toute saison. « On est sur les marchés aux horaires habituels en toute saison et nous avons besoin du soutien des îlois pour pouvoir continuer à proposer ce service », souligne-t-il.

Pour lui, cette activité permet de participer à la vie de l’île toute l’année, et pas seulement pendant la saison touristique.

Pierre et Nadège Martin devant leur espace de vente et de dégustation à l’île-aux-Moines – 2026

« La mer, un écosystème à protéger afin de produire sainement »

Nous devons avoir un gage de qualité de la production que nous devons respecter à la lettre »

Une attention permanente à la qualité de l’eau

Le travail de Pierre Martin ne s’arrête pas à l’élevage et à la vente des huîtres. La qualité de l’eau est une préoccupation quotidienne pour cet ostréiculteur. Elle conditionne directement la qualité de la production.

Pierre s’implique dans le suivi de la qualité de l’eau du Golfe. Il est engagé en tant que président de l’organisation des producteurs de la conchyliculture de Bretagne et travaille avec l’Ifremer. Il est également en lien avec des organismes spécialisés dans la surveillance des pollutions aquatiques.

Sur son exploitation, il dispose de systèmes permettant de suivre différents phénomènes et d’être alerté notamment en cas de débordement des stations. « Ce qui nous permet d’anticiper et d’agir », précise-t-il.

Il suit également l’évolution des algues, l’acidité de l’eau et différents paramètres physico-chimiques. Cette surveillance lui permet de mieux comprendre les évolutions du milieu et d’alerter lorsque cela s’avère nécessaire.

Son objectif reste avant tout « de ne pas rendre les clients malades » précise-t-il. La qualité sanitaire est pour lui une obligation et un engagement. « Nous devons avoir un gage de qualité que nous devons respecter à la lettre », rajoute-t-il.

Continuer à faire vivre l’île

Aujourd’hui, Pierre souhaite poursuivre son activité tout en participant aux initiatives qui permettent de valoriser les savoir-faire insulaires. Il s’inscrit dans la démarche des « Savoir-faire des îles du Ponant », afin de favoriser les échanges et contribuer à faire vivre le territoire à l’année.

Le maintien d’une activité ostréicole toute l’année reste cependant un défi. « C’est compliqué de tenir les étals l’hiver », reconnaît-il. La vente directe, les marchés et l’accueil du public restent cependant importants pour lui afin de maintenir du lien avec les habitants et les visiteurs.

Pierre poursuit donc une histoire familiale commencée avec son grand-père qui était ostréiculteur. Il garde aussi le souvenir de son autre grand-père, qui était plaisancier. Deux expériences qui lui ont transmis son goût de la mer et de l’île.

Un pas de côté avec l’ambition de faire vivre la tradition de la godille

Pierre contribue à transmettre la pratique de la godille sur l’île

L’attachement de Pierre à la mer et aux traditions maritimes de l’île ne se limite pas à son activité ostréicole et à être « une sentinelle » de la qualité de l’eau. Il contribue également à faire vivre et à transmettre une pratique maritime ancienne qu’est la godille.

Il considère cette technique traditionnelle de propulsion comme un véritable patrimoine ancestral breton, dont il est fier et qu’il souhaite aider à faire découvrir. En 2023, il a financé entièrement la construction d’un Triton 4.8, pour l’association Pour un sinago îlois qui organise des cours d’initiation.

À travers cette initiative, Pierre souhaite contribuer à transmettre cette pratique vivante et un savoir-faire qui ont longtemps accompagné la vie des gens de la mer, en permettant à ceux qui veulent de s’y essayer. Il participe ainsi à la transmission aux nouvelles générations.

Aujourd’hui, l’objectif  de Pierre est de continuer à faire vivre ce savoir-faire du métier d’ostréiculteur sur l’Île aux Moines, tout en restant attentif à l’évolution du milieu. Produire des huîtres, maintenir une activité à l’année et préserver la qualité du golfe : c’est ainsi que Pierre Martin envisage la suite de son activité tout en continuant à servir son île.