Jean, Itinéraire d'un îlois
Né en 1935, Jean Pressard appartient à une génération qui a connu une île encore peuplée, laborieuse et largement tournée vers la mer. À 91 ans en 2026, il reste l’une des figures marquantes de la vie publique insulaire, ayant consacré une grande partie de son existence à défendre son territoire.
Une enfance marquée par la guerre
Jean Pressard est né sur la route entre Morlaix et l’Île aux Moines car raconte-il, « c’était une religion de venir accoucher chez sa mère à l’époque ». Sa grand-mère résidait à l’Île-aux-Moines et sa mère n’a pu arriver jusque-là pour accoucher. Son père était ingénieur des Ponts et Chaussées en poste à Morlaix et avait épousé une îloise. Ses origines, côté maternel sont liées à deux familles îloises dont les ascendants MORICE et LE MAREC remontent à 1730.
Le père de Jean fut mobilisé dès le début de la Seconde Guerre mondiale. « Je me souviens de son départ annoncé au Bois d’Amour. Il l’avait annoncé à ma mère qui était enceinte de mon petit frère » raconte-il. Jean avait alors 4 ans. Ce fut un moment marquant de la vie du petit Jean Pressard.
Prisonnier en Allemagne, son père parvient à s’évader avant de regagner l’île en 1943. Pendant toute cette période, Jean est élevé par sa grand-mère, qui tient une quincaillerie sur l’île avec sa tante. Comme tous les habitants, la famille connaît les privations : les cartes de rationnement, la faim et une île vivant quasiment en autarcie. « Quand j’étais enfant, l’île avait plus d’habitants que Saint-Avé et il n’y avait pas de touriste », raconte Jean Pressard.
Il fréquente le cours élémentaire de l’école publique de l’île, qui était surnommée « l’école du diable » par certains, tant l’enseignement privé est dominant. Fonctionnaire de l’état, son père est attaché aux valeurs de la République laïque, qui marqueront pendant longtemps son éducation. L’île comptait quatre écoles à cette époque.
Un dentiste qui s'engage en politique
Après ses études à Lorient, puis à Nantes où il suit une formation de dentiste, Jean Pressard effectue 24 mois de service militaire. Marié en 1960, père de trois enfants, il s’installe comme dentiste au début des années 1960, à Kéryado et Plouay dans le Morbihan.
Très tôt, il s’engage en politique au sein du mouvement gaulliste. Convaincu que le développement de l’île passe par le maintien d’une population permanente, il participe notamment à la création d’un lotissement destiné aux habitants de l’île, dans un contexte de crise de la marine marchande et de départ des jeunes actifs. Son engagement est alors soutenu par les responsables gaullistes de l’époque, notamment Pierre Messmer
En 1968, il devient secrétaire fédéral de l’UDR, l’Union des Droites de la République du Morbihan.
Les premiers mandats municipaux
À seulement 36 ans, en 1971, Jean Pressard est élu premier adjoint du maire Louis Garin. Il exercera cette fonction pendant six ans. Il est en même temps Secrétaire Fédéral de l’UDR du Morbihan, à l’époque de Pompidou et de De Gaulle.
En 1977, il va changer de territoire et siéger dans l’opposition municipale de la ville de Baden, durant deux mandats, jusqu’en 1989.
Cette période est également marquée par des épreuves personnelles. Il divorce en 1980 avant de rencontrer Annie en 1981, qui partagera et l’accompagnera dans sa vie publique.
Parallèlement, il poursuit sa carrière professionnelle.
En 1983, il devient attaché de consultation au CHU de Nantes, fonction qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1998. Après le décès de ses parents en 1997, ils reviennent s’installer définitivement sur l’île en 1999.
Un souci permanent de préserver l'île
Élu maire en 2001, Jean Pressard exercera deux mandats, jusqu’en 2014. Il se rend vite compte qu’il faut « un système cérébral colossal pour être maire » en évoquant son prédécesseur.
Sa première mission fut de restaurer le Cromlech, comme un devoir de mémoire.
« C’était un champ de luzerne, de ronciers…qu’il a fallu défricher pour mettre en valeur les pierres » raconte-il.
Sa motivation pour être maire c’est son amour viscéral pour le Golfe et son île. « On est maire par passion. » exprime-t-il.
Son objectif reste constant : maintenir une population active toute l’année sur l’Île-aux-Moines. Durant ses mandats, la commune agit pour conserver les services essentiels : maintien de la pharmacie, retour d’un médecin, sauvegarde du bureau de poste, construction de logements sociaux.
L’urbanisme constitue le principal de ses combats. Avec près de 80 % du territoire classé en zone remarquable, construire sur une île relève d’un véritable casse-tête juridique. Jean Pressard mènera alors de nombreuses batailles devant les tribunaux.
« J’ai eu plus de 150 procès concernant des questions d’urbanisme. Je les ai tous gagnés », affirme-t-il.
Le sentier côtier représente l’un des dossiers les plus emblématiques. Sa réalisation, longue de 21 kilomètres, demandera cinq années de travail et donnera lieu à son premier procès. Jean Pressard met en effet en application la loi dite loi Littoral, qui encadre l’aménagement des côtes pour protéger les milieux naturels, lutter contre la spéculation immobilière et garantir le libre accès du public au bord de l’eau. Une loi qui s’applique à plus de 1 200 communes riveraines des mers, des grands lacs et des estuaires.
Parmi les autres réalisations majeures figurent la rénovation du bourg, la modernisation du port et l’obtention d’importantes subventions, notamment européennes.
Jean Pressard souligne également le rôle essentiel de son équipe municipale, notamment celui de Céline Dupuis, secrétaire générale de mairie, dont il salue la compétence en droit public. Annie, son épouse évoque aussi des années de travail intense, durant lesquelles « on se sentait parfois bien seuls ».
Jean Pressard se souvient du soutien indéfectible de plusieurs préfets de l’époque qui l’ont accompagné.
L'avenir de l'île
S’il devait retenir une préoccupation, ce serait celle de l’avenir démographique de l’île.
« L’école est passée de 40 à 30 élèves. Cela m’inquiète. »
Pour lui, l’enjeu est clair : permettre aux familles de vivre à l’année sur l’Île aux Moines afin que celle-ci demeure une commune vivante et non un simple lieu de villégiature.
À travers son parcours de dentiste, d’élu gaulliste puis de maire bâtisseur, Jean Pressard incarne une génération profondément attachée à son territoire, convaincue que « le développement ne vaut que s’il permet de préserver l’identité de l’île et la vie de ceux qui l’habitent ».
Même s’il revient volontiers sur les grandes réalisations qui ont marquées son engagement politique grâce à « ses premiers maîtres à penser », Michel Debré , Yvon Guéna, Yves Mazaud, Alain Peyrefitte et René Tomasini, Jean Pressard se réjouit aujourd’hui de voir concrétiser un des combats qui lui tenait à coeur : l’inscription des mégalithes au patrimoine mondial de l’UNESCO. « Une reconnaissance qui vient couronner les années d’engagement en faveur de la préservation et la valorisation de ce patrimoine exceptionnel », conclut-il.
Portrait réalisé en aout 2026 par Colette Irsapoullé pour ileauxmoines.com