Françoise Sylvestre

Françoise, une âme vagabonde

À 78 ans, Françoise Sylvestre a derrière elle plusieurs vies : journaliste pendant plus de vingt ans, attachée parlementaire le temps d’un passage éclair à l’Assemblée nationale, libraire passionnée et romancière prolifique. Mais c’est sur l’Île aux Moines qu’une partie essentielle de son histoire s’est écrite, entre mer, livres et insularité.

Chez elle, le goût du voyage est ancien. « L’ailleurs me semble l’idéal », confie-t-elle, évoquant un héritage familial marqué par la curiosité et l’exploration — son grand-père fut d’ailleurs un pionnier de la météorologie. Très tôt, la mer, les îles et les horizons lointains deviennent des repères. En 1990, elle commence à écrire son premier récit lors d’une course autour du monde : six escales pour interviewer les équipages, et déjà cette envie de raconter des aventures humaines.

« Nous sommes passés devant et nous avons mouillé l’ancre. »

La première rencontre de Françoise Sylvestre avec l’Île aux Moines remonte au début des années 1980. Elle y arrive en voilier, sur sa route vers l’Espagne.

À l’époque, elle ne s’aventure guère plus loin que le restaurant Chez Charlemagne. Pourtant, pendant près de dix ans, l’île reste sur sa route : Françoise est alors skipper dans une école de croisière, et le golfe du Morbihan fait partie de ses escales familières.

La vraie installation viendra plus tard. À la fin des années 1990, elle vit à Belle-Île-en-Mer où elle crée la librairie L’ Âme Vagabonde. Mais un problème de bail la pousse à prendre du recul. En février 2001, elle vient réfléchir sur l’Île aux Moines et s’installe dans une petite chambre d’hôtel du bourg.

Le hasard fait parfois bien les choses. 

Elle aperçoit une petite boutique à vendre, à côté de l’actuelle Escale. Au même moment, Patrick Béven s’apprête à reprendre le local voisin pour y ouvrir une boutique de souvenirs. Les deux projets avancent ensemble.

L’ouverture

Le 1er avril 2001, les deux lieux  ouvrent en même temps.

Françoise nomme à nouveau sa librairie L’Âme Vagabonde, qu’elle décrit comme « la librairie de la mer, du voyage et des îles ». Un lieu singulier, à son image.

« Ma librairie était comme ma propre bibliothèque », raconte-t-elle.Sur les étagères, près de 4 000 titres, parfois uniques. Commander des livres n’est pas toujours simple sur une île, mais l’enthousiasme compense les difficultés.

Pendant huit ans, elle anime ce lieu qui devient un espace de rencontres et de rêveries.

« J’ai été très bien accueillie. J’ai été touchée par un public extraordinaire.»

À cette époque, la vie insulaire a ses particularités. On transporte les affaires en cariole, on se débrouille avec les moyens du bord, et les habitants se connaissent à travers leurs activités.

Les liens se tissent facilement, notamment autour de lieux de vie comme le salon de thé Au Chat qui boit la tasse, tenu par Sophie Lebeuf.

Une insulaire dans l’âme

Françoise se définit aujourd’hui comme « une ilienne, une insulaire ». Le besoin d’isolement et de silence font partie de son équilibre.

Elle est revenue vivre sur l’île en 2024, car pour elle « l’île est douce et tranquille. »

Dans ses souvenirs, nombreux sont des moments qui restent  précieux. Parmi ceux-ci, en 2004, quand le photographe Gilles Arié réalise une série de portraits d’habitants intitulée Figures de proue. Françoise en fait partie.

« C’était une période que j’ai beaucoup aimée dans ma vie. »

Les années ont aussi fait naître de solides amitiés, comme celle qui la lie toujours à Patrick Béven, son voisin commerçant des débuts.

Aujourd’hui encore, elle aime dire qu’elle a partagé avec les habitants un peu de son âme vagabonde, une invitation permanente au voyage et à l’imaginaire, posée au cœur de ce qu’elle appelle volontiers « l’île du silence ».

Apprivoiser l’île.

Pour Françoise, vivre sur l’Île aux Moines demande du temps et de l’écoute.

« Il faut laisser le temps à l’île de nous apprivoiser, aller à chaque coin de l’île à pied, la ressentir profondément. »

Elle évoque un territoire à part, où l’insularité se fait sentir plus qu’ailleurs : moins de commerces, moins de services, mais une capacité à s’adapter et à inventer son quotidien.

La solitude ne lui pèse pas, dans sa librairie, il lui arrivait parfois de ne voir personne pendant trois ou quatre jours.

« Comme j’aime les livres, j’étais dans mon élément. »

Pourtant, l’écriture reste associée au départ. « Je n’écris que lorsque je suis en voyage », précise-t-elle. Depuis 1990, elle publie environ un ouvrage par an : des récits, des cartes historiques ou des livres inspirés de ses explorations.